Illustration éditoriale : Garantie décennale marchand de biens : obligatoire ou non selon les travaux réalisés

Garantie décennale marchand de biens : obligatoire ou non selon les travaux réalisés

10 ans est la durée de la responsabilité décennale à compter de la réception de l'ouvrage, et non de l'achat ou de la revente. Pour un marchand de biens, la garantie décennale n'est donc pas automatique en raison de son statut, mais elle devient un risque central lorsqu'il fait réaliser des travaux affectant la solidité ou l'usage normal du bien avant de le vendre. La décision repose sur la nature des travaux, la qualité des intervenants, la réception, les attestations et les pièces annexées à l'acte de vente.

Scène professionnelle illustrant garantie decennale marchand de biens
Le sujet se décide sur des éléments vérifiables, un coût complet et un calendrier prudent.

La garantie décennale ne dépend pas du seul statut de marchand de biens

Le marchand de biens achète un immeuble pour le revendre. Cette activité relève notamment du 1° du I de l'article 35 du Code général des impôts lorsque l'achat, l'intention de revendre dès l'acquisition et le caractère habituel sont établis. Cette qualification fiscale ne suffit toutefois pas à déterminer l'existence d'une responsabilité décennale.

Les articles 1792 et suivants du Code civil visent les dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination. La responsabilité court pendant dix ans à compter de la réception. La simple revente d'un immeuble existant ne transforme donc pas automatiquement tout marchand de biens en constructeur, mais la réalisation ou la commande de travaux modifie fortement l'analyse.

Situation

Réponse de principe

Contrôle à effectuer

Achat puis revente sans travaux commandés par le marchand

Pas de garantie décennale automatique liée au statut

Examiner néanmoins les obligations attachées à la vente et l'historique des travaux antérieurs

Travaux de décoration ou d'entretien sans incidence démontrée sur l'ouvrage

La qualification décennale n'est pas acquise par le seul fait d'avoir rénové

Vérifier la nature technique des interventions et leurs effets sur la solidité ou la destination

Modification d'un élément porteur, extension ou reprise d'étanchéité

Risque décennal élevé à traiter avant l'ouverture du chantier

Identifier les entreprises, leurs activités assurées, la réception et l'assurance dommages ouvrage

Vente après achèvement d'un ouvrage construit ou fait construire

Le vendeur peut être réputé constructeur au sens de l'article 1792-1 du Code civil

Conserver la preuve du rôle du marchand et organiser sa propre exposition ainsi que celle des intervenants

Le principe à retenir est factuel : la garantie décennale ne se déclenche pas parce qu'une société porte le titre de marchand de biens, mais parce que les travaux et la vente placent une personne dans la situation d'un constructeur. La solidité et l'usage du bien constituent les critères déterminants.

Quand le marchand de biens devient vendeur constructeur

L'article 1792-1 du Code civil répute notamment constructeur la personne qui vend, après achèvement, un ouvrage qu'elle a construit ou fait construire. Le marchand qui achète un immeuble, pilote une rénovation lourde, fait intervenir des entreprises puis revend le bien après achèvement ne peut donc pas s'abriter derrière le fait qu'il n'a pas exécuté matériellement les travaux.

Le contrat signé avec une entreprise ne suffit pas à transférer toute l'exposition juridique. Chaque professionnel répond de son intervention dans les conditions de son contrat et de son assurance, tandis que le vendeur qui a fait construire l'ouvrage doit analyser sa propre qualité au regard de la vente.

La Cour de cassation, troisième chambre civile, dans son arrêt du 14 septembre 2017, n° 16 20.288, a retenu qu'un vendeur ayant réalisé des travaux de rénovation et d'extension pouvait relever de la responsabilité des constructeurs. Cette décision montre que la qualification des travaux et la date de réception sont centrales, même lorsque l'opération est présentée comme une simple rénovation destinée à la revente.

Quels travaux imposent une analyse décennale approfondie

La question ne se règle pas avec une liste purement commerciale du type rénovation légère ou rénovation lourde. Il faut décrire techniquement l'intervention, son emplacement, les éléments touchés et la conséquence d'un défaut.

Travaux envisagés

Risque à examiner

Conséquence pratique

Modification d'un plancher porteur

Atteinte possible à la solidité de l'ouvrage

Traiter le chantier comme exposé au régime décennal jusqu'à l'analyse du maître d'oeuvre et des assureurs

Création d'une terrasse

Interaction possible avec la structure, les charges, les relevés et l'étanchéité

Faire préciser les responsabilités respectives de la structure et de l'étanchéité

Réfection d'une étanchéité

Infiltrations susceptibles de rendre certaines parties impropres à leur destination

Obtenir une attestation couvrant précisément l'activité réalisée et conserver les justificatifs d'exécution

Peinture, revêtement ou remise en état superficielle

Incidence technique variable, non déductible du seul intitulé du devis

Documenter l'absence d'atteinte aux éléments structurels et aux fonctions essentielles

Un devis qui indique seulement rénovation complète ou création extérieure ne permet pas de déterminer correctement le risque. Les plans, notes techniques, autorisations d'urbanisme, contrats et factures doivent permettre de relier chaque intervention à un professionnel identifié.

Simulation : plancher porteur, terrasse et étanchéité avant revente

Supposons qu'un marchand achète un immeuble pour le revendre après trois interventions : modification d'un plancher porteur, création d'une terrasse et réfection de l'étanchéité. Le scénario ne doit pas être présenté comme une opération de rafraîchissement. Le plancher touche à la solidité, tandis que la terrasse et l'étanchéité peuvent affecter la résistance de l'ouvrage et son usage normal en cas de défaut.

Lecture juridique de l'opération

Le marchand commande les travaux, porte le bien pendant le chantier et prévoit une vente après achèvement. Il est donc exposé à une qualification de constructeur vendeur au sens de l'article 1792-1 du Code civil. La qualification définitive dépendra des faits, mais le choix prudent consiste à organiser les assurances et les preuves comme si la responsabilité décennale pouvait être recherchée.

Intervenant

Mission dans le scénario

Pièces et garantie à contrôler

Marchand de biens

Propriétaire, donneur d'ordre et vendeur après achèvement

Contrats, rôle exact, assurance adaptée à son exposition, dossier de réception et informations à transmettre lors de la vente

Entreprise de structure

Modification du plancher porteur

Attestation décennale avant l'ouverture du chantier, activité assurée, devis détaillé, plans d'exécution et facture

Entreprise de terrasse

Création de la terrasse et interfaces avec l'ouvrage existant

Attestation correspondant à l'activité réelle, détails des supports, charges, relevés et raccordements

Entreprise d'étanchéité

Réfection de l'étanchéité

Attestation, procédé utilisé, support traité, réception et procès verbal des éventuelles réserves

Architecte ou maître d'oeuvre

Conception, suivi ou coordination selon la mission

Lettre de mission, assurance professionnelle, plans, comptes rendus et répartition des contrôles

Assureur dommages ouvrage

Préfinancement de certains désordres relevant du régime

Étude et souscription avant le chantier lorsque les travaux relèvent du régime, avec conservation de la police

La mobilisation d'une garantie ne résulte pas du seul fait qu'une entreprise a remis une attestation. Il faut aussi vérifier que l'attestation couvre l'activité exécutée, la période d'ouverture du chantier et la nature réelle des travaux. Pour le marchand, la vente après achèvement doit être analysée séparément de la responsabilité contractuelle de chaque entreprise.

Les assurances à distinguer sur un chantier de marchand de biens

La garantie décennale, la responsabilité civile professionnelle, l'assurance propriétaire non occupant, la multirisque chantier et l'assurance dommages ouvrage ne couvrent pas le même fait générateur. Une seule ligne assurance dans le budget ne permet pas de contrôler l'opération.

Contrat

Risque principalement visé

Point de vigilance

Assurance décennale

Dommages compromettant la solidité ou rendant l'ouvrage impropre à sa destination

Durée de dix ans à partir de la réception et adéquation entre l'activité déclarée et les travaux réalisés

Responsabilité civile professionnelle

Fautes ou dommages relevant du fonctionnement professionnel selon les garanties du contrat

Elle ne remplace pas la décennale lorsqu'un désordre relève de la responsabilité des constructeurs

Assurance dommages ouvrage

Préfinancement de certains désordres sans attendre la détermination finale des responsabilités

La vérifier avant l'ouverture du chantier lorsque les travaux relèvent du régime

Assurance propriétaire non occupant

Risques liés à la détention du bien selon le contrat

Ne pas l'utiliser comme substitut à une assurance travaux

Multirisque chantier

Risques propres au chantier selon les garanties souscrites

Contrôler les franchises, exclusions, limites et période de couverture

Une attestation ne rend pas un chantier correctement assuré si elle ne correspond pas à l'activité réellement exécutée. L'absence d'assurance ne fait pas disparaître la responsabilité attachée aux travaux et doit être traitée comme un risque financier, juridique et commercial avant toute revente.

La réception fixe le calendrier de la responsabilité

La réception constitue le repère de départ de la période décennale. Elle ne se confond pas avec la date d'achat du bien, la date du premier devis, la date de paiement d'une entreprise ou la date de revente.

Moment

Contrôle à réaliser

Risque en cas d'oubli

Avant l'ouverture du chantier

Collecter les attestations des professionnels soumis à l'assurance décennale et vérifier leur périmètre

Découvrir trop tard une absence de garantie ou une activité non couverte

Pendant les travaux

Conserver plans, comptes rendus, factures, photographies et modifications validées

Ne plus pouvoir relier un désordre à une intervention ou à un intervenant

À la réception

Fixer une date certaine, décrire les travaux réceptionnés et consigner les réserves

Rendre incertain le point de départ des dix ans et compliquer la mobilisation des garanties

Lors de la vente dans les dix ans

Annexer à l'acte les informations sur les assurances obligatoires souscrites ou leur absence

Créer un défaut documentaire dans l'information de l'acquéreur

Lorsque plusieurs entreprises interviennent, la réception doit permettre de comprendre ce qui a été livré et à quelle date. Un dossier incomplet ne prouve pas nécessairement l'absence de réception, mais il fragilise la défense du vendeur et la discussion avec les assureurs.

Les pièces qui défendent la qualification retenue

Le dossier de travaux doit être constitué avant la mise en vente, pas après l'apparition d'un désordre. Les documents à réunir sont notamment :

  • les contrats et devis détaillés, avec la localisation et la nature exacte de chaque intervention ;
  • les attestations d'assurance remises avant l'ouverture du chantier, contrôlées au regard de l'activité déclarée ;
  • les plans, notes techniques, autorisations d'urbanisme et documents de copropriété utiles ;
  • les factures, situations de travaux, procès verbaux de réunions et photographies avant, pendant et après chantier ;
  • le procès verbal de réception daté, avec l'identification des intervenants et les réserves éventuelles ;
  • la police dommages ouvrage lorsqu'elle a été organisée, ainsi que les déclarations ou échanges avec l'assureur ;
  • les informations relatives aux assurances obligatoires ou à leur absence à remettre au notaire pour l'acte de vente.

Cette traçabilité sert à la fois la responsabilité, la commercialisation et le calcul de l'opération. Elle permet aussi de distinguer une dépense nécessaire à la transformation du stock d'une charge administrative ou commerciale qui ne doit pas être traitée de la même manière en comptabilité.

Intégrer le risque décennal dans le calcul de la marge

Le résultat d'un marchand de biens ne correspond pas à une plus value immobilière privée. Les immeubles acquis pour être revendus sont normalement comptabilisés comme des stocks. Le coût du stock peut comprendre les coûts d'acquisition, de transformation et les autres coûts engagés pour amener le bien dans l'état où il se trouve, tandis que les charges anormales, les frais administratifs non contributifs et les frais de commercialisation restent des charges de période selon leur nature comptable.

Le calcul opérationnel doit donc distinguer :

Bloc de calcul

Éléments à intégrer

Question de contrôle

Produit de cession

Prix de vente hors taxe et TVA collectée lorsque la vente est taxable

Le régime de TVA applicable au bien et à l'opération est il documenté ?

Coût du stock vendu

Prix d'achat, coûts d'acquisition, transformation et autres coûts directement liés à la mise en état

La dépense contribue t elle réellement à amener le bien dans son état de revente ?

Charges d'exploitation

Frais financiers, frais fixes, charges administratives et commercialisation selon leur nature

La charge est elle affectée à l'opération ou relève t elle de la période ?

Fiscalité

Résultat BIC, IS ou IR selon la structure et les options applicables

La fiscalité est elle calculée après séparation de la TVA et du résultat ?

Trésorerie

Encaissements, décaissements, appels de fonds, impôts et remboursements de financement

Le financement tient il compte d'un retard, d'un sinistre ou d'une reprise de travaux ?

La formule de base est : produit de cession hors taxe moins coût du stock vendu moins charges d'exploitation. La trésorerie disponible obéit à un autre calcul, car elle intègre les flux TTC, le financement, les impôts et les décalages de paiement.

Lorsque le régime de TVA sur la marge est légalement applicable, une marge TTC de 110 000 euros contient, avec un taux de 20 %, une TVA calculée ainsi : 110 000 × 20 ÷ 120 = 18 333,33 euros. La marge hors taxe correspond alors à 91 666,67 euros. Cet exemple ne permet pas de retenir automatiquement le régime de marge : celui ci dépend du champ de l'opération et notamment des conditions d'acquisition et de déduction de la TVA.

Le taux normal de l'impôt sur les sociétés est de 25 %. Le taux réduit de 15 % sur les premiers 42 500 euros de bénéfice suppose plusieurs conditions, notamment un chiffre d'affaires n'excédant pas 10 millions d'euros, un capital entièrement libéré et une détention répondant aux critères prévus. Le calcul de la marge doit donc rester distinct de l'impôt, de la rémunération du dirigeant, des cotisations, des dividendes et de la trésorerie réinvestie.

Ne pas confondre le délai de revente et le délai décennal

Un marchand qui s'engage dans l'acte à revendre peut relever du régime de l'article 1115 du Code général des impôts si la revente intervient dans les cinq ans suivant l'acquisition. Pour certaines ventes par lots soumises à un droit de préemption locatif, le délai peut être ramené à deux ans. La Cour de cassation, chambre commerciale, dans son arrêt du 14 février 2024, n° 22 17.541, a retenu que le délai court à compter de l'acquisition.

Ces délais fiscaux n'ont aucun effet sur le point de départ de la responsabilité décennale, qui reste lié à la réception des travaux. Une opération peut donc devoir être revendue dans les cinq ans tout en restant exposée pendant dix ans à compter de la réception.

Le taux global usuellement présenté pour l' engagement de revendre est de 0,715 %, auquel s'ajoutent les émoluments, débours et contribution de sécurité immobilière selon leur régime. En cas de défaut de revente, il faut anticiper un complément de droits, l'intérêt de retard prévu par l'article 1727 du Code général des impôts et le droit supplémentaire de 1 % prévu par l'article 1840 G ter, II.

Les erreurs qui détruisent la marge et la couverture

  • Qualifier le chantier de rénovation légère alors que le plancher, la structure ou l'étanchéité sont modifiés.
  • Demander une attestation après le début des travaux, alors que les professionnels soumis à l'assurance décennale doivent la remettre avant l'ouverture du chantier.
  • Vérifier l'existence d'une police sans contrôler l'activité assurée, la période, les limites et les exclusions.
  • Ne pas identifier le marchand comme donneur d'ordre et vendeur après achèvement, alors que l'article 1792-1 peut le placer dans la catégorie des constructeurs.
  • Ne pas formaliser la réception et perdre un repère essentiel pour le calcul des dix ans.
  • Confondre dommages ouvrage, décennale, responsabilité civile professionnelle, assurance propriétaire non occupant et multirisque chantier.
  • Vendre dans les dix ans sans transmettre au notaire les informations relatives aux assurances obligatoires souscrites ou à leur absence.
  • Intégrer une prime d'assurance ou une dépense de reprise sans déterminer sa nature comptable et son affectation à l'opération.
  • Confondre TVA collectée, TVA déductible, résultat imposable et trésorerie disponible.
  • Construire la marge sur un prix de sortie idéal sans scénario de retard, de reprise, de sinistre ou de revente moins favorable.

Le contrôle opérationnel avant de signer ou de revendre

Avant l'acquisition, le marchand doit faire inscrire les travaux prévus dans une grille de décision et non dans une simple enveloppe budgétaire. La réponse négative à un seul contrôle critique doit conduire à suspendre l'engagement, à renégocier le prix ou à obtenir un avis technique et juridique documenté.

Question de décision

Réponse attendue

Décision pratique

Un élément porteur, une extension ou une étanchéité est il modifié ?

Description technique précise et analyse de la solidité ou de la destination

Ne pas traiter l'opération comme une simple remise en état

Chaque entreprise a t elle remis une attestation avant l'ouverture ?

Attestation correspondant à l'activité réelle et à la période concernée

Reporter le chantier tant que le contrôle n'est pas terminé

Le rôle du marchand dans la conception, la commande et la vente est il écrit ?

Contrats, missions et responsabilités identifiés

Évaluer sa propre exposition de vendeur constructeur

La réception est elle datée et documentée ?

Ouvrage réceptionné, réserves et intervenants identifiés

Fixer une base défendable pour la période décennale

La dommages ouvrage a t elle été étudiée avant le chantier ?

Position de l'assureur et police conservées lorsque le régime s'applique

Chiffrer le coût et le risque d'un préfinancement absent

La vente intervient elle dans les dix ans suivant la réception ?

Informations sur les assurances obligatoires prêtes pour l'acte

Transmettre un dossier complet au notaire avant la signature

Le compte de résultat sépare t il HT, TVA, stock, charges, fiscalité et trésorerie ?

Hypothèses testables et scénario dégradé

Refuser une marge fondée uniquement sur le prix de sortie théorique

Dans le scénario du plancher porteur, de la terrasse et de l'étanchéité, la décision prudente est donc de chiffrer dès l'acquisition le coût des attestations, de la maîtrise d'oeuvre, de la réception, de la dommages ouvrage lorsqu'elle relève du régime et du suivi documentaire. La revente ne doit intervenir qu'après rapprochement entre les travaux effectivement réalisés, les garanties mobilisables et les informations que l'acte devra contenir.

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